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La menace corrosive génère une croissance explosive

Entrevue avec Martin Thériault, PDG d'Eddyfi

par Marie-Julie Hamel, le 3 mai 2017

Fondée il y a huit ans seulement, la jeune société Eddyfi, spécialisée dans le développement d’équipements et de logiciels d’inspection de composantes critiques pour les entreprises des secteurs de l’énergie et de l’aérospatiale, a réussi à faire passer de 1 à 50 millions son chiffre d’affaires annuel. Son PDG prévoit maintenant doubler ses revenus à 100 millions d’ici trois ans.

Martin Thériault, PDG et cofondateur d’Eddyfi, me reçoit dans les locaux de l’entreprise, situés dans le Parc technologique de Québec, tout juste à côté de la société Zetec Canada, où il agissait il y a neuf ans à titre de directeur général.

« Durant la crise de 2009, Zetec a rencontré des difficultés et a laissé tomber des programmes de recherche et développement. Avec quatre collègues, on a racheté certains de leurs brevets et on s’est lancé comme sous-traitant auprès de certains clients du secteur des turbines à gaz », relate le PDG.

Eddyfi utilise la technologie des courants de Foucault (« Eddy current », en anglais) pour détecter les fissures ou toute forme de dégradation des métaux.

Une turbine à gaz de 240 tonnes a une valeur de 100 millions. Une seule fissure dans sa structure peut l’empêcher de fonctionner et l’endommager fortement.

« On est capable de détecter une fissure de 0,1 millimètre avec nos instruments qui permettent d’inspecter 1 mètre de structure à la seconde », précise l’ingénieur.

Rapidement, Eddyfi a décidé d’élargir son rayon d’action pour proposer des solutions aux entreprises du secteur du pétrole et dugaz dont les activités reposent sur des infrastructures critiques qui sont capitales, mais vieillissantes.

DES MARCHÉS PORTEURS

« La dernière raffinerie qui s’est construite en Amérique du Nord date de 1977. Toute l’infrastructure nord-américaine est vieillissante, et elle est de surcroît utilisée au maximum de ses capacités.

« Avant, les opérateurs de raffinerie fermaient durant six semaines pour réaliser les examens et les travaux de maintenance. Aujourd’hui, ils ferment seulement quatre jours. Cela démontre combien la pression est forte sur leurs actifs qui prennent néanmoins de l’âge », souligne Martin Thériault.

Rapidement, Eddyfi a réussi à imposer ses appareils et solutions de détection aux grands acteurs de l’industrie qui composent aujourd’hui l’essentiel de son chiffre d’affaires de 50 millions.

« Le secteur pétrole et gaz représente 75 % de nos revenus, le nucléaire, 20 % et l’aérospatiale, 5 %. On a pour clients Aramco, Pemex, Exxon, Shell, ABB, Siemens, Mitsubishi… »

En fait, Eddyfi vend ses produits dans plus de 70 pays et réalise 95 % de son chiffre d’affaires à l’international. La croissance de l’industrie de l’inspection de composantes et d’équipements critiques est de 8 à 10 % par an.

« Mais seulement aux États-Unis, on estime que 4,5 % du produit intérieur brut est bouffé par la corrosion. C’est un problème énorme qui résulte du vieillissement des infrastructures », constate Martin Thériault.

L’an dernier, Eddyfi a réalisé sa première acquisition en mettant la main sur l’entreprise britannique Silverwing, spécialisée dans l’inspection de cuves et de réservoirs de stockage.

« C’est une activité complémentaire qui nous ouvre un nouveau marché. Silverwing totalise 65 employés et a des bureaux en Grande-Bretagne, au Texas, en Afrique du Sud et dans les Émirats arabes unis », précise Martin Thériault.

Après les raffineries et les pipelines – que les appareils de l’entreprise sont en mesure d’inspecter même s’ils sont enfouis dans le sol –, Eddyfi va maintenant s’attaquer à l’inspection des plateformes de forage.

LA CAISSE COMME PARTENAIRE D’EXPANSION

Eddyfi compte 125 employés à Québec, dont 75 % sont des ingénieurs ou des techniciens qui travaillent dans les activités de recherche et développement et à l’assemblage des équipements qui sont vendus partout à travers le monde.

« Nos machines se vendent entre 35 000 et 150 000 $US alors que 95 % de nos coûts sont en dollars canadiens, puisqu’on fait affaire avec des fournisseurs québécois et canadiens. Sur un de nos produits, on arrive même à réaliser une marge de 97 % », souligne avec une grande fierté l’entrepreneur.

Si Eddyfi a financé l’acquisition de la britannique Silverwing à même ses liquidités, elle vient de s’associer, il y a tout juste un mois, avec la Caisse de dépôt et placement pour réaliser la consolidation d’une partie du marché mondial.

« On a cédé 24 % de l’entreprise à la Caisse contre une participation de 36 millions qui va nous permettre de réaliser nos prochaines acquisitions. Il y a de gros joueurs comme GE et Olympus, mais il y a plusieurs plus petites entreprises qui peuvent venir compléter nos activités », souligne Martin Thériault.

Eddyfi, soulève son PDG, a mis sur pied une bonne infrastructure de ventes qui lui assure une couverture mondiale, et l’acquisition de nouveaux équipementiers va lui permettre d’élargir son champ d’action.

« On fait le design et l’assemblage de nos équipements à Québec, il faut donc alimenter cette activité avec de nouveaux contrats. On est rendu dans 74 pays, mais notre base de coûts et d’expertise est au Québec. »

 

Source: La Presse+

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Catégorie : Bons coups au Parc techno

Mots-clés : eddyfi